« Je ne veux pas travailler… » ♪ – Ma conception du travail

Quand je serais grande, je serais…

Le travail a toujours été pour moi une source de doutes et de stress. Depuis mon plus jeune âge déjà, je changeais constamment d’avis. Toute mon enfance, je me suis imaginée, archéologue, vétérinaire, esthéticienne, danseuse ou encore rock star ! Mais à ce moment là de notre vie, ce n’est pas trop grave, on a encore le droit de rêver.

J’ai toujours travaillé depuis que j’ai 17 ans. Chaque été, et pendant mes études, je bossais car il a toujours été important pour moi d’être indépendante. J’ai fait un peu tout et n’importe quoi, mais j’ai toujours mis un point d’honneur à bien le faire. D’innombrables baby-sitting, de la restauration, aide à domicile, hôtesse de caisse… J’ai travaillé avec des enfants, des personnes handicapées, des personnes sans domicile, des personnes âgées, dans la grande distribution, magasin bio…

Etre dans le moule

Tous ces boulots, aussi différents soient-ils, m’ont énormément appris sur moi-même. Je me suis d’abord rendue compte que je ne pouvais pas faire un travail sans rapport avec l’humain. J’aime les gens, j’aime les aider, partager et communiquer avec eux. Du coup, je pensais avoir trouvé « ma voie ».
Mais l’autre chose que j’ai rapidement comprise, est que j’avais beaucoup de mal avec le cadre. Les plannings, les délais, les horaires, les supérieurs, la productivité… Malheureusement, même le domaine du social n’y échappe pas. A cette époque de ma vie, je comprenais ce que je n’aimais pas, mais il n’était pas question de le remettre en cause. Le lavage de cerveau faisait toujours son effet. Je me persuadais que je devais travailler dur, pour pouvoir m’offrir ce qui me plaisait. Et donc être heureuse.

Alors, de mes 18 à mes 24 ans, j’ai cherché, j’ai testé et je n’ai rien trouvé. Durant ces 6 années, je me suis angoissée, dévalorisée. Je m’inquiétais du regard et de l’avis des autres, et c’est d’ailleurs cela qui me poussait à constamment chercher ce travail idéal.
J’avais quand même cette « exigence » de trouver un métier qui me plairait. Cette perle rare qui me donnerait envie de me lever tous les matins.

Après le bac je me suis destinée à être psychologue, professeure de français à l’étranger, éducatrice spécialisée. Voici mon CV imaginaire. Ma vie rêvée en tant que adulte s’intégrant parfaitement à la société.
Tous ces projets, je les ai vraiment voulus, et j’ai toujours eu l’impression d’avoir envie de les mettre en place. Je me suis toujours donnée les moyens de réussir mes différentes études, jusqu’au moment où j’y mettais un terme. Au moment où cela devenait trop concret, je lâchais tout.

Se permettre de prendre le temps

En septembre 2016, j’avais le droit au chômage. J’ai alors pris une année pour peaufiner mon dernier projet en date, être auxiliaire de puériculture.
Nouveau projet professionnel, nouvelle motivation. J’ai dépensé 80 € dans des livres pour préparer mes concours, et j’ai révisé tous les jours. Cette fois c’était la bonne, je devenais enfin une adulte. Dans un an, j’aurais un métier et je serais comme tout le monde.

Mais cette année à rester à la maison, m’a aussi laissé du temps pour réfléchir et me retrouver avec moi-même. Ces doutes qui me rattrapaient à l’approche du concours, ces questions que je me posais sur le sens d’avoir un travail, cette fois je ne les ai pas ignorés. J’ai décidé de les accueillir et d’y réfléchir, vraiment. Parce que je prenais conscience que c’était finalement en me comportant de cette façon, depuis 6 ans, que je gâchais ma vie. Plutôt que de vivre et d’être heureuse, je passais mon temps à vouloir plaire aux autres, à faire ce que je pensais que l’on attendait de moi.

Je me suis rendue compte que l’idée d’avoir un travail m’angoissait finalement plus que de ne pas en avoir. Je déteste le travail tel qu’il est conçu aujourd’hui et je ne supporte pas cet environnement hypocrite, où par peur de ne plus avoir de quoi vivre, les gens se laissent marcher dessus et manipuler.

Panneau one way

Travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?

 

Rien que le terme « gagner sa vie » m’insupporte. C’est tellement représentatif de la place que le travail prend aujourd’hui dans nos vies. Si tu n’as pas de travail, tu ne gagnes pas. Tu ne joues pas à ce grand jeu qui te permet d‘être reconnu, admiré, étiqueté et rangé dans une classe sociale.
Qu’est-ce-que ça veut dire ? Que la vie n’a de sens que grâce au travail ? Si je ne travailles pas, je suis une perdante ?

Pourquoi lorsque l’on se rencontre pour la première fois, se pose cette fameuse question « qu’est-ce-que tu fais dans la vie ? ». Est-ce vraiment si important que ça ? Notre attitude va-t-elle changée en fonction de la réponse ? Et, encore une fois, est-ce que toute notre vie est conditionnée par rapport au métier que l’on fait ?
On n’EST pas médecin, femme de ménage, commercial, ouvrier. C’est seulement le métier que nous pratiquons, et cela ne définit pas toute notre personnalité dans sa complexité.

Et pourquoi un travail doit-il être si prenant ? Qu’est-ce qui justifie de se tuer à la tâche toute l’année, pour avoir le droit à quelques semaines de vacances ? Vacances créées seulement pour l’on puisse revenir à peu près en forme et être assez productif l’année suivante.

Au fur et à mesure de ces nouvelles réflexions, le déclic est apparu. Il était tout simplement hors de question pour moi de consacrer ma vie au travail, au détriment de mes proches, mes futurs enfants, mais surtout de mon bien-être.

Parce que finalement, j’ai compris que ma priorité était là : être heureuse. Et aujourd’hui, en ce qui me concerne, l’environnement actuel du travail est plutôt un obstacle à ce bonheur.

Quand je serais grande, je serais heureuse.

Depuis, j’ai totalement assumé que je ne voulais pas faire comme tout le monde, uniquement parce que tout le monde le faisait. Un jour, j’ai osé dire haut et fort à ceux qui avaient un avis si important pour moi, que finalement je ne le passerait pas ce concours (ultime espoir pour eux de me voir entrer dans le moule !)
Cette décision étant prise, un énorme poids me quitte enfin. Je me sens en accord avec moi-même, je ne me mens plus.

Je n’ai finalement pas tant de jugements que ça de la part de mon entourage. En tout cas pas en face ! On m’a même dit à plusieurs reprises que l’on enviait ma situation.
Ce qui m’a amené à me questionner sur un autre point. De quel droit je me permettrais de vivre comme ça, alors que la plupart des personnes que je connais travaillent dur ?
Si tout le monde pensait comme moi, je suis bien consciente que la société ne tournerait plus longtemps ! Il y a tellement de personnes qui, tous les jours font un, voire plusieurs boulots difficiles pour subvenir à leurs besoins. Et ces métiers sont essentiels pour permettre à notre société, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, de fonctionner.

Cela a été pour moi la dernière étape à assumer. Me dire que finalement, cela était une question de choix.

Travailler plus pour gagner plus

Généralement, on associe assez rapidement le travail à l’argent.

J’ai été élevée dans une famille pas vraiment riche. Ma mère nous a élevés seule, et a toujours travaillé dur pour que nous ne manquions de rien. Manquer de rien, cela est déjà une grande richesse en soit.
Pourtant, j’ai le souvenir de certaines fins de mois très difficiles, je ne suis jamais partie en vacances et je connais le stress que peut provoquer une facture que l’on ne peut pas payer. Ceci, c’est finalement le lot de beaucoup de personnes.
Pour ma part, je tire de cette éducation modeste une belle expérience de vie et une notion de l’argent dont je suis plutôt fière aujourd’hui.

Mais je sais aussi ce que c’est de galérer et d’avoir des difficultés à obtenir le strict minimum. Alors moi et mon choix de faire passer le travail au second plan, on se sentait un peu naïfs, immatures et privilégiés.

Pourtant, je n’ai pas l’impression de m’accorder un luxe en choisissant de vivre différemment. Car si je peux me permettre ceci, c’est aussi parce que j’ai une conception de la vie qui me facilite la tâche. Je ne suis absolument pas une consommatrice compulsive. Le shopping, la déco, les vacances de luxes, les téléphones, les télés 3D et autres merveilles de la technologie ne m’intéressent pas.
J’étais sur le point d’écrire que c’était une chance pour moi, de peu consommer. Mais attribuer cela à la chance, ce serait nier la réflexion et la remise en question qu’il y a derrière toute cette démarche.

Espace de travail

Vivre avec le minimum

Je me contente du strict minimum, car je n’ai simplement pas besoin de plus. Comme tout le monde, j’ai des passions, des envies. Si j’ai envie de plus, je fais en sorte que cela ait le moins d’impact environnemental, politique, économique et social.

Je gagne peu, car je ne travaille pas beaucoup. Mais cela me suffit amplement et je n’ai finalement aucune raison de travailler plus.
Je peux me loger, me nourrir, me déplacer, et même voyager et me faire plaisir. Je parviens également à mettre un peu d’argent de côté pour financer mes futurs projets.

Il est clair que j’aimerais vivre dans une société où l’argent n’existe plus ! Même si certaines alternatives voient le jour, ce n’est pas encore d’actualité.
Evidemment, comme tout le monde, il me faut de l’argent pour subvenir à mes besoins, et céder à quelques unes de mes envies !

Et il est primordial pour moi d’être indépendante financièrement. Hors de question d’emprunter de l’argent, de faire un crédit ou même de vivre d’aides sociales. Certaines personnes font le choix de vivre du RSA par exemple, et c’est une démarche que je peux tout à fait comprendre.
Mais moi je ne me sens pas à l’aise avec cette idée. Si je remets en question certains aspects fondamentaux de la société, comme c’est le cas pour le travail, je trouve qu’il serait contradictoire de bénéficier en retour des aides que propose celle-ci.
De plus, cela donne une occasion à mon entourage de me reprocher de profiter de la société et de vivre aux dépens d’honnêtes travailleurs, ce que je refuse.
Cela révèle que j’ai encore un peu de chemin à parcourir pour me détacher totalement de l’opinion des autres !

Créer son travail

De plus, j’ai envie de travailler. Ce n’est finalement pas le travail en lui-même qui est dérangeant, mais tout ce qui se construit autour.
Une fois tout ce cheminement fait, il ne me restait plus qu’à créer moi-même l’activité qui me permettrait d’être indépendante. Cela devait bien sûr rassembler plusieurs critères :

–  Ne pas avoir de comptes à rendre à qui que ce soit.
– Etre totalement libre de gérer mon activité et mes horaires comme bon me semble. Si j’ai envie de travailler 18h par jour, ou ne rien faire pendant 1 semaine, cela ne regarde que moi
Respecter mes valeurs. Il n’est pas possible pour moi de gagner de l’argent si cela est contraire à mes convictions écologiques, éthiques, politiques, économiques et sociales.
– Cette activité doit me permettre de transmettre, partager, échanger, communiquer, recevoir, aider, apprendre.
– Me laisser assez de temps pour vivre, voyager, être avec mes proches, apprendre de nouvelles choses, créer, m’ennuyer…
– Pouvoir rester travailler à la maison si je le souhaite, mais pouvoir travailler partout ailleurs. Ne pas avoir d’attaches.
– Ne pas emprunter d’argent pour créer cette activité.

Tenir un blog m’est alors rapidement venu à l’esprit, car c’était un bon compromis. En le créant, tout un tas de nouvelles idées sont apparues. Je me retrouve avec plusieurs beaux projets, qui me plaisent et que je peux combiner les uns avec les autres.

Ce que je peux constater, c’est que je n’ai jamais été autant motivée à travailler que maintenant ! Pourtant je ne me mets aucune pression, je vais à mon rythme.

Penser à soi

J’aurais encore beaucoup de choses à dire à ce sujet, mais cet article est déjà bien assez long !

Je suis bien consciente que certaines personnes adorent leur travail et en sont satisfaites, tandis que d’autres n’ont pas les conditions de vie permettant de réellement choisir.
Tout ce que je viens d’écrire n’est que ma façon de voir les choses. Chacun a ses propres convictions et je crois que c’est finalement ce qu’il y a de plus important à retenir.
Je trouve qu’une vie est quelque chose de beaucoup trop intime pour être dirigée par d’autres que nous. Les gens ont tendance à exprimer trop facilement leur opinion même lorsque l’on ne leur demande rien.

Être dans la norme offre une sorte de légitimité pour critiquer ceux qui n’en font pas partie.
Ma volonté et mon ambition, je préfère les mettre à profit pour me construire une vie qui me ressemble, plutôt que d‘obéir à des mœurs et des idéaux qui ne me conviennent pas.
Et je me sens aujourd’hui assez forte pour assumer MON choix de vie.

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3 commentaires sur “« Je ne veux pas travailler… » ♪ – Ma conception du travail

  1. Ahah je suis tout à fait d’accord avec cette vision ! Ne pas être qu’un simple employé…

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