La simplicité volontaire, un retour aux sources

Il y a deux ans environ, je me cherchais. Je me sentais mal, en inadéquation avec mes idées. Je sentais que j’avais envie de vivre autrement, mais je ne savais pas comment. Je vivais sur Paris, j’étais étudiante mais je travaillais le soir afin de tenter de subvenir à mes besoins. Je vivais dans un studio qui me coûtait une fortune, envahit de cafards et une fois que j’avais tout payé, il me restait une trentaine d’euros pour finir le mois. Bref comme beaucoup, je galérais, j’étais préoccupée par l’argent et je n’avais pas de temps pour moi.

J’ai connu la simplicité volontaire par hasard. A cette époque je commençais à m’intéresser sérieusement à la question de l’écologie, et en cherchant des livres à ce sujet, je suis suis tombée sur Vivre la simplicité volontaire. Ce livre m’a attirée, je l’ai acheté et il a changé ma vie. Je ne vais pas revenir sur mon parcours mais pour faire court, j’ai décidé que, quitte à avoir peu d’argent, autant ne pas travailler, déménager et payer moins cher de loyer. C’est pourquoi je suis partie vivre en province.

En deux ans, ma vie a pris un tout autre sens et je commence enfin à me sentir en phase avec moi-même. Beaucoup de chose ont évolué pour moi, et je voudrais te parler dans cet article de la simplicité volontaire telle que je la conçois et la comprends.

Une économie dépendante de la consommation

Au XIXème siècle, notre monde est entré dans l’ère industrielle et ce phénomène s’est fortement accéléré à partir de la seconde moitié du XXème  siècle. Notre mode de vie a changé du tout au tout, le progrès visant à améliorer notre confort, du moins pour les pays occidentaux.

Croître, grandir, construire, produire, investir, s’enrichir… Nous vivons dans une société basée sur la croissance économique. On nous a persuadés que pour être heureux, il fallait avoir de l’argent et posséder. Car pour que ce système fonctionne, il faut consommer. Notre économie est devenue dépendante de la croissance et cela a fait de nous des boulimiques de la consommation.

Ce fort développement engendre des injustices et des inégalités. Les biens et les ressources fournis par la planète sont destinés à tous les êtres vivants. Mais c’est 1/5 de la population qui détient les 4/5 des ressources.

« Le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous, mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l’avidité de quelques uns. » Gandhi

Ce progrès et cette production intensive, dépendent de l’extraction de l’énergie et des matériaux que nous offre la planète. L’économie est alors en totale opposition avec le principe même d’économiser car l’humanité n’a jamais été aussi dépensière en ressources. Autrement dit, cette volonté de croissance illimitée est totalement illusoire, car dépendante de ressources limitées, et c’est un rythme impossible à tenir dans la durée.

La crise écologique n’est pas spécialement visible, alors le problème environnemental n’est pas pris au sérieux. Tant que les gens ne se sentent pas personnellement concernés, le prise de conscience ne se fait pas. Pourtant, nous sommes directement concernés.

« Les limites qu’impose, par sa constitution même, la planète Terre, rendent irréaliste et absurde le principe de croissance économique infini » Pierre Rabbhi.

Qu’est-ce que la simplicité volontaire ?

La simplicité naît entre autre de cette prise de conscience. C’est un mode de vie fondé sur l’auto-limitation, sur le fait de satisfaire nos besoins vitaux avec les moyens les plus simples et respectueux de l’environnement. La simplicité volontaire est finalement assez proche de l’épicurisme. Il s’agit de réussir à sincèrement se satisfaire de ce que l’on a, sans vouloir plus, et se détacher du superflu.

Faire son potager être autosuffisant

La simplicité volontaire ne rime pas obligatoirement avec ascétisme. Rien n’oblige à vivre retiré au fond d’une grotte ! Ce mode de vie est tout à fait compatible avec une vie en ville. En fait, il s’agit surtout de consommer en fonction de ses besoins et de manière réfléchie. Et l’on se rend bien vite compte que nous n’avons pas besoin de tant de chose que cela. A vouloir vivre simplement, on devient rapidement minimaliste.

Vivre simplement,  ce n’est pas régresser ou être nostalgique du passé. On peut vivre avec son temps, sans nécessairement plonger dans les excès associés à notre époque.

Ayant eu une enfance assez modeste, j’ai appris à ne pas gaspiller la nourriture, à éteindre les lumières, couper l’eau dans un soucis d’économie d’argent, avant de prendre conscience de la dimension écologique de ces gestes. Manquer d’argent est compliqué, mais choisir d’en avoir peu, peut apporter un véritable bien-être. Que l’argent offre une certaine liberté et indépendance, je peux le concevoir.

Mais si je me compare à mon entourage, je fais clairement partie de ceux qui ont le moins d’argent. Pourtant, je fais aussi partie de ceux qui ont le plus de loisirs, qui voyagent le plus…
Lorsque nous en faisons le choix, on est capable de laisser beaucoup de choses de côté. Mais nous n’imaginons pas ce que nous pouvons gagner en retour.

« On choisit non pas d’avoir moins d’argent, mais d’avoir moins besoin d’argent. » Serge Mongeau

Se pose ensuite la question du travail. Si nous consommons moins et de ce fait, avons moins besoin d’argent, à quoi bon travailler tant ? Par passion et conviction ? Oui, pourquoi pas. Par ambition ? C’est une vision des choses. Mais sinon ? Ma conception du travail n’a pas été simple à assumer, mais c’est un fait : je n’aime pas travailler. Et la simplicité volontaire m’a permis de me libérer de cela. Je travaille peu, je gagne peu, mais je suis en accord avec moi-même. Peut-être que je ne serai jamais propriétaire, et il y a de fortes chances que je ne laisse aucun héritage matériel ou financier à ma mort mais si c’est le prix à payer, je l’accepte bien volontiers !

Se libérer du travail

« Travaillez plus, gagnez plus, vous aurez moins de temps. Le temps, c’est de l’argent, vous aurez moins d’argent ! »  Zoufris Maracas

Enfin, la simplicité volontaire c’est aussi chercher à s’autonomiser et prendre de la distance avec un système qui nous rend dépendant de la surconsommation. C’est affirmer ses idées et ses convictions en agissant, en militant, en désobéissant.

Vivre la simplicité volontaire dans une société de consommation

Vivre simplement est plus difficile qu’il n’y paraît. Même en faisant le choix de vivre autrement, à un autre rythme, nous faisons toujours partie de cette société solidement campée sur des principes, considérés désormais comme des normes.
Les institutions et les règles actuelles sont en opposition avec les valeurs de la simplicité volontaire. Pour avoir le droit de vivre simplement, il faudrait presque être riche. En effet, accéder à un petit bout de terre pour le cultiver et pourquoi pas devenir auto-suffisant, n’est pas forcément simple si l’on décide de ne plus, ou de moins travailler.

Faire sa part

« Si je suis le seul à le faire, cela ne va rien changer ». Cet argument là, on peut l’avancer absolument pour tout .
Si l’on part de ce principe, effectivement, pourquoi s’embêter à éteindre l’électricité, économiser l’eau, trier ses déchets, prendre son vélo…
En découvrant la simplicité volontaire, j’ai également découvert Les Colibris,  un groupe fondé par Pierre Rabbhi. Ce mouvement tire son nom d’une jolie légende amérindienne :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !  » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

La part du colibri

 

Cette légende a donné de l’importance à mes petits actes du quotidien. Bien évidemment que je n’allais pas changer le monde à moi toute seule, mais au moins, je faisais ma part. Mon végétarisme, ma consommation bio et locale, ma limitation de déchets, mon arrêt de shopping dans les magasins de grande distribution… Tout cela prenait un sens, et j’ai surtout compris à quel point nous pouvions faire changer les choses grâce à nos choix de consommation.
Ils produisent car nous demandons, alors cessons simplement de demander.

« Tout ceux qui désirent réformer le système économique peuvent y prendre une part utile en vivant simplement ». Richard Bartlett Gregg

Mais alors on peut se demander quel intérêt avons-nous à nous restreindre de la sorte, si tous les autres continuent à vivre dans l’abondance ? A mon sens, on choisit la simplicité volontaire avant tout pour notre bien-être à nous.
Quand on s’inscrit dans ce mode de vie, on dispose de plus de temps pour se consacrer aux activités qui nous épanouissent. Prendre le temps de faire ce que j’aime avant tout, cela me paraissait être un luxe il n’y pas encore si longtemps. Et si c’en est un, je m’octroie désormais ce droit sans la moindre culpabilité.

J’ai le temps de me cultiver, de réfléchir, d’explorer ma créativité et de créer, de défendre des causes qui me tiennent à cœur… Ralentir, avoir un rythme de vie plus sain, plus apaisé, désencombré… Je trouve que cela n’a pas de prix.

Vivre la simplicité volontaire

Ce qu’en pensent les autres

Est-ce un mode de vie réaliste ? Certains voient cela comme une utopie, un sacrifice inutile. D’autres approuvent ce choix de vie, accompagnant cette approbation d’un « mais je ne sais pas comment tu fais ! ». Parfois, cela en inspirent quelques uns.
Je ne suis pas toujours prise au sérieux. On me dit souvent que je suis jeune, que je verrais bien quand j’aurai des enfants.

Eh bien quoi ? Est-ce que fonder une famille nécessite d’acheter une maison, une voiture familiale, habiller sa progéniture chez H&M, et les emmener l’été sur la Côte d’Azur ?
Je ne souhaite pas devenir extrême ou me couper du monde. Si j’ai des enfants un jour, ils vivront avec leur temps, mais de façon raisonnée. Je suis convaincue que l’on peut être un enfant heureux, et devenir un adulte parfaitement équilibré en ayant des vêtements, des jouets et pourquoi pas même une console d’occasion. D’accord, mes enfants ne mangeront pas chez McDo, n’auront pas de Nike aux pieds, et peut-être même qu’ils n’iront pas à l’école. Par contre ils auront des parents présents, qui ne passent pas leurs journées au travail. Des parents qui prennent le temps de jouer avec eux, de lire, de voyager, de cuisiner de bons petits plats et des goûters faits-maison. Ils auront je l’espère, une éducation bienveillante, avec des limites et un cadre sur lesquels s’appuyer, de la liberté pour explorer par eux-même, de l’amour en quantité illimitée. Tout cela ne coûte absolument rien, à part du temps et de l’énergie.

La simplicité volontaire feu de camps

Et si je me trompe, qu’est-ce qui m’empêche de revenir sur ma décision, de retrouver un travail et de rentrer à nouveau dans le moule ?

Je suis encore loin du mode de vie dont je rêve, mais la simplicité volontaire me semble être la plus jolie évolution que je puisse m’offrir. Aujourd’hui je me sens profondément satisfaite de mon choix de vie. Je vais à mon rythme, je fais ma part, j’assume mes idées, je suis indépendante.

J’écrirais par la suite un article sur l’application de la simplicité volontaire au quotidien, mais en attendant et si tu souhaites en savoir plus, voici quelques livres qui m’ont bien aidée.

POUR ALLER PLUS LOIN

Vivre la simplicité volontaire, Collectif, par La Décroissance
La part du colibri, de Pierre Rabbhi
Vers la sobriété heureuse, de Pierre Rabbhi
La convivialité, de Ivan Illich
Une société sans école, de Ivan Illich
La valeur de la simplicité volontaire, de Richard B. Gregg
Walden ou la vie dans les bois, de Henry-David Thoreau,
 Petit traité de la décroissance sereine, de Serge Latouche
Sobriété volontaire : en quête de nouveaux modes de vie, de D. Bourg & P. Roch
Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice, de Lionel Astruc

 

 

Avais-tu déjà entendu parler de ce mode de vie ? Qu’en penses-tu ?

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6 commentaires sur “La simplicité volontaire, un retour aux sources

  1. Non mais… quel article merveilleux. Je me suis reconnue dans tout ce que tu disais. Et c’est bébête mais la petite histoire du colibri m’a émue. J’ai les mêmes espoirs, et j’essai de vivre plus près de tout ça maintenant, mais en tant que nomade… ça ne fait que 7 mois, et parfois mes affaires d’avant me manque, mais je gagne tellement plus en vivant sur la route ! Les rencontres, les paysages, toutes ces leçons apprises…
    Bel article <3

    1. Merci pour ton chaleureux commentaire.
      L’histoire du colibri me touche énormément aussi, elle donne de l’espoir je trouve. Cela fait toujours du bien de voir que d’autres personnes partagent nos envies et nos convictions.
      Tu dois vivre une magnifique expérience. Nous partons aussi sur la route dans quelques mois, et j’ai vraiment hâte ! Les voyages sont une vraie quête d’identité, et l’on apprend tellement sur nous-mêmes et notre capacité à nous détacher de certaines choses 🙂

  2. Je trouve ton article très réfléchi, mesuré et sincère. Je ne sais pas trop quoi dire d’autres, parce que toute la conviction que tu mets derrière m’a un peu remuée ♥

    1. Je te remercie pour ce commentaire, cela me touche car c’est un article qui me tient à cœur et que j’ai pris plaisir à écrire 🙂

  3. Whaou énorme….
    Je te comprends tout à fait. Pour moi aussi, tout a commencé par un manque d’argent… dû surtout à une consommation excessive. S’acheter des bibelots à la mode… des vêtements… et ça va vite quand on est jeune.
    Grâce à ça, je me suis mise à travailler sur le temps de mes vacances, ce qui m’a offert des rencontres pour la vie. Si j’avais été riche, je ne les aurai jamais rencontrés.
    Et surtout, je n’aurais pas la valeur des choses. Comme toi, j’ai été élevée dans le soucis de l’écologie (éteindre des lumières… si on peut appeler ça de l’écologie ! C’est même de la logique.) Mais cela m’a poussé, comme toi, à me poser des questions. A faire des tris énormes chez moi pour ne garder que ce dont je me servais… J’ai aussi écrit un article sur le tri, et aujourd’hui, je trie presque trop !
    Je m’intéresse aussi au mouvement Colibri et suis heureuse de faire partie des personnes qui feront cette nouvelle génération d’enfants ouverts d’esprit. La simplicité rend tellement plus heureux.
    Comme toi, je n’ai pas encore le mode de vie « idéal » mais il n’y en a pas. Et j’aime beaucoup ma vie et mon équilibre trouvé. Les petites choses rendent la vie très simple et c’est si facile de voir les belles choses. Et j’ai totalement accepté la partie de moi qui fait partie de la société.
    Je t’ajoute cette citation que j’ai gardé précieusement car elle me parle tellement…
    « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais si cette goute n’existait pas dans l’océan, elle manquerait. » Mère Térésa.
    Et j’en suis persuadée. Je pense développer et propager une bienveillance qui est cette petite goutte.
    Bonne soirée 🙂

    1. Oh merci pour ce précieux commentaire 🙂
      Comme souvent, j’ai l’impression que ce sont les expériences négatives au premier abord, qui nous apportent le plus, à condition qu’il y ait une remise en question derrière. Et je pense que ça c’est une vraie richesse, voir le positif dans ce qui ne l’est pas. Tes rencontres, tes remises en question… Tout ceci ne serait peut-être effectivement pas arrivé si tu avais mené un autre vie.
      Effectivement la simplicité plus rend heureux. Ma vision des choses évoluera certainement au fil du temps, mais je ne pense absolument pas revenir vers ce rythme de vie qui aujourd’hui me paraît peu sensé et superficiel.
      C’est une très jolie citation, je la note précieusement.

      Belle journée à toi

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