Pourquoi et comment manger moins de viande ?

Végétarien, végétalien, végan, flexitarien … Même s’il est important d’en connaître le sens, cela ne restent finalement que des mots, derrière lesquels on peut mettre ce que l’on veut.
Les raisons qui peuvent pousser une personne à souhaiter manger moins de viande, voire plus du tout, sont diverses et variées. Certains d’entre nous par exemple, sont flexitariens ou même végétariens car ils n’ont simplement pas les moyens d’acheter de la viande.

Cet article n’a pas pour but de t’inciter à devenir végétarien ou de te faire culpabiliser si tu es un carnivore de haut niveau ! Chacun fait ce qu’il veut, ce qu’il peut mais il est important de prendre conscience que notre consommation abusive de viande a des conséquences sur, bien évidemment les animaux, mais également des impacts écologiques, économiques et sociaux.

Les conséquences de notre surconsommation de viande

Selon le FAO ( Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) l’élevage des animaux serait à l’origine de 18% des gaz à effet de serre, soit 40% de plus que la totalité du secteur des transports. L’élevage intensif participerait au réchauffement climatique, la dégradation des terres, la pollution de l’atmosphère et des eaux…

En 2005, 742 millions de tonnes de céréales ont été utilisées par l’industrie de la viande. Céréales qui sont sont tendrement semées, arrosées, traitées et récoltées pour nourrir les animaux.
Autrement dit, c’est environ 78% des terres cultivables qui sont consacrées au bétail et à son alimentation, plutôt que d’être utilisées pour nourrir les 796 millions d’êtres humains qui souffrent de la faim dans le monde.

Boucherie

C’est plutôt révoltant, surtout lorsque l’on sait que pour produire 1 kilo de viande de bœuf il faut 7 kilos de céréales. Ce qui pourrait approximativement fournir une journée de repas à 10 personnes.

 

Se rabattre sur poisson ?

Cagette de poisson

Les chiffres ne sont pas plus positifs en ce qui concerne la pêche, elle aussi, intensive. Pour illustrer l’impact environnemental  que peut causer cette pratique, je vais te donner l’exemple de la pêche aux crevettes. On imagine mal comment un animal si petit pourrait causer des dégâts. Il faut savoir que lors de la pêche aux crevettes (et cela s’applique bien sûr aux autres espèces) il y a ce que l’on appelle des « prises accessoires ». Autrement dit, tout ce qui est pêché mais qui n’est pas de la crevette.

Après avoir remonté les filets, c’est 80 à 90% de prises accessoires que l’on va rejeter à la mer. Pour mieux te rendre compte, pour obtenir 500 grammes de crevettes, c’est 13 kilos d’autres animaux marins qui ont été tués et rejetés. (Faut-il manger les animaux ? de J.S Foer)

L’offre et la demande

Alors c’est un fait, l’homme est omnivore ce qui veut dire qu’il est censé manger de tout, et donc de la viande et du poisson. Mais comme pour tout, il s’agit de ne pas en abuser, d’autant qu’une alimentation trop riche en protéines animales favoriserait l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires et d’autres joyeuseries comme le cancer du côlon par exemple (Organisation Mondiale de la Santé, 2008).
Le fait de manger de la viande ou du poisson 3-4 fois par semaine au lieu de 2 fois par jour permet de préserver sa santé et de réduire simplement la demande auprès de l’industrie de la viande.

Car il est facile de jeter la pierre aux élevages intensifs, en leur reprochant de maltraiter les animaux et de produire de la viande de qualité médiocre. La raison principale qui pousse ces entreprises à agir de la sorte, c’est parce que NOUS leur demandons. Nous voulons consommer toujours plus et ce, à moindre coût. Alors ils produisent toujours plus et ce, à moindre coût. En achetant encore et toujours leur viande, nous donnons notre accord pour que cela continue et nous leur donnons encore plus de pouvoir pour agir comme ils le souhaitent.

Et notre santé là-dedans ?

Si l’on décide de manger moins de viande, on peut se permettre d’acheter un produit de meilleure qualité, ne venant pas d’élevages industriels. Cela permet à la fois d’améliorer légèrement la condition animale, mais également de préserver sa santé.
Plusieurs études scientifiques indiquent que 95% des poulets provenant d’élevages intensifs sont contaminés par des souches pathogènes de la bactéries E. coli, et qu’entre 40 et 75% d’entre eux sont toujours infectés au moment d’être vendus dans le commerce.

Entre les antibiotiques donnés à titre préventif, les modifications génétiques, la propagation des maladies entre animaux au moment d’être abattus, ébouillantés et éviscérés…  la viande provenant de ces élevages est quasiment impropre à la consommation. Et la liste n’est malheureusement pas exhaustive.

Prendre une vie

Que l’on mange de la viande provenant d’un élevage intensif ou bien d’un petit producteur bio, la fin est finalement la même pour l’animal puisqu’il devra être tué.
A-t-on le droit ou non de prendre la vie d’un animal pour le manger ?  C’est une question à laquelle chacun à sa propre réponse.
Pour donner quelques chiffres, dans le monde, c’est 75 milliards d’animaux par an qui sont élevés pour notre nourriture. En France, 80% des animaux viennent d’élevage intensif (CIWF). C’est 5 000 animaux abattus toutes les 10 secondes en France (L214).

Des êtres sensibles

Les animaux sont des êtres sensibles, intelligents qui ressentent la peur, le stress. Les conditions d’élevage ne leur permettent mê&me pas d’accéder à leurs besoins les plus vitaux. Beaucoup sont encore conscients lorsqu’ils sont abattus, tout cela pour une question de productivité et de rendement.

Les humains et les animaux sont différents. Mais on ne peut ignorer certaines similitudes entre nous : notre besoin de boire et de manger, de dormir, se reproduire et protéger ses petits, avoir de la compagnie, craindre la douleur, avoir peur de la mort … Mais quand il s’agit de les élever pour nous nourrir, ces similitudes sont mises de côtés.

« Ce que nous oublions au sujet des animaux, nous commençons à l’oublier à propos de nous-mêmes »

Manger ou non de la viande et du poisson doit rester un choix que chacun fera selon ses propres critères. Mais quitte à continuer d’en manger, autant que cela se fasse en connaissance de cause et de la manière la plus respectueuse possible.

Mouton

Ces conséquences sur l’environnement, sur notre santé, le traitement des animaux en élevage intensif, on est tous plus ou moins au courant et pourtant on ne préfère pas y penser. L’éternel argument est que si l’on doit faire attention à tout ça, on ne mangerait plus rien !
L’idée n’est pas de ne plus rien manger, mais de savoir et de choisir ce que l’on mange en arrêtant de se voiler la face.

En choisissant le côté obscur du végétarisme ou végétalisme, on est très vite confronté à une vague d’idées reçues.

  • On se coupe socialement des autres, finies les soirées raclettes ou les barbecues !

Absolument pas ! Peut-être est-ce grâce à l’effet de mode, mais il y a énormément de produits végé que l’on peut cuisiner comme de la viande. Il suffit juste de faire travailler son imagination et de chercher des recettes ! Salamis végétarien, seitan, protéine de soja, brochettes de légumes, de tofu..
La plupart des restaurants s’y mettent aussi et proposent des plats sans viande ni poisson, ou peuvent préparer un plat spécial en prévenant à l’avance.

  • En étant végétalien, je ne vais plus pouvoir faire de gâteaux, de crêpes, de lasagnes…

J’utilise les laits végétaux et les crème végétales exactement comme j’utiliserais du lait ou de la crème. Ils ont chacun leur goût et leur particularité, et à force de tester on sait comment les utiliser.
Pour remplacer les œufs et il y a une multitude d’options qui fonctionnent toutes mieux les unes plus que les autres ! Tofu soyeux, banane, compote, betterave, courgette, graines de chia, jus de pois chiches

  • Ne pas manger de protéines animales amène des carences.

(Je ne suis pas médecin, il y a peut-être certaines situations pour lesquelles les régimes végé peuvent être contre-indiqués)
Quand on apprend à connaître son corps et les produits qui nous entourent, on n’a pas de carence.
Bon, si tu manges des pâtes tous jours, oui tu vas peut-être manquer de quelques trucs ! Mais beaucoup de personnes végétariennes ont finalement plus d’apport en protéines qu’une personne omnivore !

On retrouve les protéines dans les aliments à base de soja  (tofu, tempeh, lait de de soja…), les légumineuses (haricots, lentilles, pois chiches…), mais également dans les fruits secs, les flocons d’avoines, les épinards, les avocats, les graines germéesLe quinoa et l’amarante sont des céréales qui contiennent les 8 acides aminés que l’on retrouve dans la viande. L’idée est d’essayer d’avoir toujours ces 8 acides aminés au cours de notre journée, pour ne pas manquer de protéines. Il faut pour cela associer certaines céréales avec certaines légumineuses par exemple riz + lentilles, pois chiches + semoule…

Le calcium se cache dans les amandes, les brocolis, le tahini ou la crème de sésame, les laits végétaux, dont certains sont enrichis au calcium, …
Il y a du fer et de la vitamine B, dans les lentilles, les flocons d’avoines, les fruits secs, les pois chiches, le quinoa
Enfin, on retrouve des acides gras et oméga 3  dans les noix, les brocolis, l’huile de colza, les graines de chia et de lin

  • Quand on est végétarien on ne mange que des graines ou des trucs sans goût !

En devenant végétarienne, j’ai appris à assaisonner différemment mes plats, et je mange rarement la même chose. Les épices, le lait de coco, la purée de sésame ou d’amande, la sauce soja, la levure maltée, les fruits secs… Fais un tour dans un rayon d’épiceries bio, cela va te donner des idées !
Que l’on soit bien d’accord, on ne retrouvera jamais le goût du fromage, de la viande dans les produits végé et simili-carnés. Mais on apprend à découvrir d’autres goûts et d’autres saveurs. C’est différent, mais pas moins bon pour autant !

Salades de lentilles

  • Cela prend trop de temps et coûte trop cher de passer à une alimentation végétarienne

Je dois reconnaître qu’au début, changer d’alimentation peut prendre du temps. Il faut rechercher des idées de recettes et des alternatives, faire des courses dans des magasins différents, faire soi même… Avec le train de vie que mène la plupart d’entre nous, cela peut en décourager certains. Mais avec de l’organisation c’est tout à fait faisable, et au pire, les plats végétariens touts prêts ça existent.

J’ai commencé à devenir végétarienne quand j’étais étudiante. J’avais 3h de transport aller/retour, je gardais des enfants le soir et j’avais un budget nourriture d’environ 100€ pour le mois. J’avais donc moins de temps et d’argent que maintenant et j’y suis très bien arrivée ! Et devenant végétarienne j’ai pu passer à une alimentation 100% bio, ce qui n’était pas le cas avant.
Tu n’es pas obligé de te nourrir de steak de soja, de nuggets de tofu ou autres produits qui peuvent être un peu chers. On peut manger des produits simples, qu’il suffit de cuisiner, de transformer et ça marche !

Gérer les réactions de notre entourage

Le fait de modifier ses habitudes alimentaires font généralement réagir ceux qui nous entourent !

Ce qui est assez paradoxale, c’est que la plupart des gens sont d’accord sur le fait qu’il serait mieux que les animaux souffrent moins, qu’il faudrait que l’on essaie de préserver l’environnement, qui reconnaissent l’impact environnemental dû à notre surconsommation de viande… Pourtant, ceux qui refusent d’en manger et défendent la cause animale, sont perçus comme des illuminés, naïfs, marginaux, extrémistes…

Les questions plus ou moins bienveillantes que l’on me pose sur mon végétarisme, où l’on cherche la moindre petite contradiction dans mes propos, ont tendance à m’agacer. De plus, cela amène très souvent à des conversations stériles. Pour ma part, j’y réponds généralement de façon superficielle. J’estime que c’est une décision qui m’est personnelle, que je n’impose à personne. Les raisons pour lesquelles je le fais, ainsi que mes éventuelles carences en fer ne regardent que moi. Je ne me préoccupe pas de savoir pourquoi ces personnes mangent de la viande, ni si leur cholestérol se porte bien !

La tolérance et le respect vont dans les deux sens

Tout le monde n’a pas accès aux mêmes infos, et chacun a ses propres préoccupations. Ce n’est pas un signe de supériorité ou quoi que ce soit d’être végétarien. Selon moi, cela a plus d’intérêt d’aider les personnes à comprendre, de les informer plutôt que de leur faire des reproches. Et le message passera souvent bien mieux !

Ce que je trouve dommage en revanche, c’est que beaucoup d’entre nous connaissent la vérité, ou au moins se doutent de ce qui se passe réellement, mais se trouvent tout un tas de raisons de ne pas agir. D’autres ne veulent même pas savoir, car c’est trop difficile. Les élevages intensifs et leurs nombreuses conséquences sont une réalité qu’il ne faut pas nier.

Cela vaut pour tous les sujets tabous, qui mettent mal à l’aise:  l’immigration, la pauvreté, l’avortement… Les nier, les ignorer ou y répondre de façon agressive, ne règle rien.

Je pense qu’il est nécessaire de chercher à comprendre ce qui nous effraie, nous révolte, nous perturbe…

« Il est toujours possible de réveiller quelqu’un qui dort, mais aucun vacarme ne réveillera quelqu’un qui fait mine de dormir. »  J.S Foer

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